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21 èmes Rencontres - Un homme comme vous...

Publié le par les psy-causent

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 " UN HOMME COMME LUI !"

 Compte rendu des 21èmes rencontres

Nous avions imaginé ces 21èmes rencontres autour du livre de Patrick COUPECHOUX, un « Homme comme vous. Essai sur l’humanité de la folie ».

Nous avons proposé une petite surprise pour débuter cette rencontre. Une lecture de lettres censurées mises en scène par Louise CASSAGNE, metteur en scène et actrice et par Jean Noël ZEHNLE, acteur.

Ces lettres étaient issues du livre « Lettres mortes. Correspondance censurées de la nef des fous » de Patrick FAUGERAS.

C'est un étonnant mélange de sentiment qui nous a envahi à l’écoute de ces lectures, de la colère contre l'humain dans ce qu'il a justement de « déshumain », une émotion totale et forte devant certaines lettres, de la tendresse, un sentiment d'injustice, un autre de honte...

 

Patrick COUPECHOUX a commencé par préciser qu’il n’appartenait pas au monde de la psychiatrie, journaliste, il travaille sur ce sujet depuis maintenant 12 ans !

il y a dans sa démarche journalistique une volonté d’analyse et de transmission.

Après « Un monde de fous », au formidable succès, il développe dans son dernier livre les rapports entre la folie et la société : LE politique .

Il pose une question essentielle : « Quels objectifs se donne la société pour prendre soins des malades mentaux ? »

Selon lui, toute politique repose sur une vision de la folie. Elle change en fonction des époques et des événements historiques.
La question centrale autour de l’humanité de la folie : le fou est-il un être humain comme les autres ? Certains se le demande encore...quelle honte.
Au regard de l’histoire , il n’a pratiquement jamais été considéré comme un être humain à part entière .

En s’appuyant sur l’histoire de la folie et sur les travaux de FOUCAULT Patrick a rappelé que le fou aux différentes époques de cette histoire chaotique a toujours été traité comme  un sous -homme, déresponsabilisé, considéré comme un objet, dépersonnalisé ou infantilisé.

 

 

Certaines « ruptures » ont tout de même changé la donne de façon radicale et fait progresser l’image du malade mental .

- La 1ère rupture, on la doit à Philippe PINEL, à la Salpêtrière, l’inventeur en quelque sorte de la psychiatrie, qui considère qu’une part de raison subsiste dans la tête du fou et même du plus fou ! Cette idée réintègre la raison et donc le fou et laisse émerger l’esquisse du soin psychique.
Patrick COUPECHOUX a cité Hegel pour renforcer cette avancée : « La folie est une contradiction à l’intérieur de la raison » .
 

Mais la folie continue de faire peur. Lucien BONNAFE a toujours parlé de « pensée magique » développée par l’homme dit normal vis à vis du fou .
Cette peur archaïque qui considère que le fou est possédé par quelque chose de mystérieux.
Au Moyen Age, la folie vient du démon et conduit au bûcher, à la persécution . Cette pensée est un miroir, la folie est possible pour nous, nous pouvons devenir fou, c’est la peur de soi-même .

Patrick COUPECHOUX a abordé également la théorie de la dégénérescence prônée par Bénédict Augustin Morel : la folie est héréditaire, d’où la stérilisation des fous, et la montée du fascisme . La folie est responsable de la dégénérescence de la race. Elle conduit au crime, à l’extermination
Le décret de 1933 d’Hitler extermine les malades mentaux.
En France pendant l’occupation , 40 000 malades meurent de faim dans les asiles...

- C’est là qu’intervient la 2ème rupture qui va reconsidérer la folie : le désaliénisme d’après guerre.

Dans la continuité le mouvement de la Psychothérapie Institutionnelle et la psychiatrie de secteur vont révolutionner la prise en charge du fou.

Cette psychiatrie novatrice et humaniste va se construire sur une vision plurielle de la folie:
- La folie appartient à l’humanité , elle n’appartient pas qu’à la médecine.
- Dans les milieux artistiques et intellectuels ( surréalistes, dadaïstes…) il y a une critique de l’asile et une affirmation de l’humanité de la folie. Certains mouvements surréalistes clament même le génie de la folie.


DESNOS, ARAGON, ARTAUD ont défendu cette idée : la folie appartient à la culture, les fous ont des choses à dire, il faut donc les écouter.

 

Il est à noter qu’en 1925, Albert LONDRES, journaliste de renom écrit un livre « Chez les fous » dans lequel il remet en cause le système carcéral de l’asile.

Autre point abordé par Patrick, la folie comme une forme d’existence : « je ne suis pas une maladie, je suis une personne » tel est le titre du livre d’un écrivain canadien et schizophrène.

 

Patrick COUPECHOUX s’est longuement appuyé sur les écrits et la pensée de Gaetano BENEDETTI, psychiatre italien qui disait en autre : « nous pouvons faire des erreurs, mais le patient nous les pardonnera si nous respectons sa façon d’être un homme ».

 

Plus loin notre invité est revenu sur l’histoire de St Alban, TOSQUELLES, OURY, la naissance du mouvement de la Psychothérapie Institutionnelle. Cet épisode déterminant et fondateur l’a amené à nous parler de FORESTIER, un patient de St Alban, qui sculptait et qui est devenu un artiste de l’Art Brut
La folie c’est une création .
L’être humain construit sa vie avec un contexte donné .
C’est pareil pour le fou pour qui le processus est le même, il tente de se reconstruire malgré les difficultés ; La psychiatrie intervient pour l’aider.

Patrick a beaucoup insisté sur le soin constitué en très grande partie par la relation :

« le soin c’est la relation ». 

« Il faut provoquer une rencontre pour que la relation s’établisse. Le soin c’est la rencontre, sans occulter les médicaments » a-t-il encore déclaré.
Pour lui le patient doit être l’objectif unique du soignant. Il doit organiser les soins en fonction de lui, instituer une relation, et travailler l’institution.
Faire pour lui un « costume sur mesure »
selon l’expression de Pierre DELION, pour qui le patient doit être « au centre ».
Hélène CHAIGNEAU proposait de soigner « la continuité de l’existence du psychotique ».

Cette vision du soin propose d’adapter le monde qui l’entoure au patient et non l’inverse, comme c’est le cas dans la société actuelle .

 

Patrick COUPECHOUX est revenu sur le début de son intervention pour poser la question suivante « la pensée magique a t-elle disparue ? »

D’après lui, non. Elle existe toujours . La peur archaïque du fou est toujours là, il suffit de regarder dans nos institutions et de voir les dérives sécuritaires, l’explosion des mesures de contention et d’isolement, sans oublier des représentations de la folie basées sur des peurs et des fantasmes.


Tant qu’ils sont enfermés, les patients ne nous dérangent pas avec ce qu’ils nous renvoient en miroir.
le Discours de l’ancien président en 2008 à l’hôpital ERASME faisait appel à cette pensée magique toujours entretenue 7 ans plus tard: « la maladie mentale est dangereuse ».

 

De nos jours la vision dominante de la maladie mentale est « scientiste »...

En clair tout va s’expliquer par les neurosciences. On attend encore !!!
La Fondation Fondamental (recherche en psychiatrie) affirme que les neurosciences expliquent tout...
Cette vision scientiste inquiétante classe la psychiatrie comme une maladie comme les autres, du coup les réponses sont essentiellement basées sur l’imagerie et les médicaments.

Cette vision réductionniste conduit également à faire un « tri » entre les patients ente ceux qui arrivent à réaliser un « projet de vie » et ceux, plus lourds, les « autres » , 30 %, qui se retrouvent selon les situations dans la rue, dans les prisons, abandonnés dans les familles, qui font le maximum mais sont parfois impuissantes. Ces patients aux pathologies plus lourdes se retrouvent classés parmi les « populations à risques » et traités en tant que tels. Classer et exclure ?

Patrick COUPECHOUX nous a expliqué combien « La folie est un miroir grossissant » . L’inhumanité dont est victime le fou aujourd’hui, c’est l’inhumanité dont est victime également le citoyen dans les entreprises.
 

En conclusion de ce compte rendu, nous revenons un instant sur Gaetano BENEDETTI, évoqué à plusieurs reprises dans son intervention et souvent cité par Patrick COUPECHOUX dans son dernier ouvrage.

BENEDETTI insistait sur l'importance de créer une atmosphère chaleureuse autour du patient, une présence apaisante. Il fallait selon lui organiser autour des patients une vie quotidienne propice à mettre en œuvre un travail relationnel.

 

Comme un écho à Jean OURY, à ses élaborations sur l’ambiance, les entours et qui disait que pour travailler en psychiatrie il fallait être tout à la fois balayeur et pontonnier !

 

Jean OURY précisait : Balayeur pour essayer de rendre notre présence la moins dangereuse possible. Etre le moins nocif possible en pratiquant une forme d’aseptie comme le préconisait TOSQUELLES.

 

Et pontonnier : pour bâtir des passerelles de l’un à l’autre, par un geste, une parole, un petit rien...la moindre des choses !

 

Nous avons passé une belle soirée de réflexion en compagnie de Patrick COUPECHOUX. C’était un homme comme lui qu’il nous fallait !

Merci pour son livre, formidable, pour la qualité de son intervention, la fluidité de son propos et la clarté de ses idées.

Merci également à Véronique BLANSTIER et la librairie de la Renaissance à TOULOUSE ainsi qu’à Louis CASSAGNE et Jean Noël ZEHLNE pour leurs belles lectures.

 

Merci enfin à tous les participants. Nous vous donnons RDV en début d’année prochaine pour poursuivre ensemble le chemin.

 

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