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22 èmes rencontres - "On ne peut pas parler d'amour dans une langue morte" Psychose, transfert et institution

Publié le par les psy-causent

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22 èmes rencontres - "On ne peut pas parler d'amour dans une langue morte"  Psychose, transfert et institution

« SE POSER COMME DESTINATAIRE D’UN MESSAGE MEME SI ON NE LE COMPREND PAS, C’EST EXISTER DANS LE PAYSAGE DE L’AUTRE »

 

Compte rendu des 22ème rencontres

 

   Patrick FAUGERAS inaugure son intervention par une lecture de deux textes littéraires, écrits par ses soins. Deux situations cliniques présentées avec beaucoup de poésie et de sensibilité.
Avec une précision d'orfèvre, il raconte tout d'abord la relation d'une patiente avec les voix qui la persécutent et pose la question du sens de leur existence car vécues comme paradoxales. Elles permettent à cette personne d’exister, d'incarner une destination, aussi blessantes soit elles.


Que fait-on avec quelqu'un qui est halluciné, qui entend des voix ? Et que faire cliniquement de ces voix qui reconnaissent pour autant et désignent le sujet, doit-on s'en débarrasser si vite ?
Patrick FAUGERAS s’est beaucoup appuyé sur Gaetano BENEDETTI, décédé en 2013, connu au niveau international comme un grand théoricien des psychoses.                                   Psychiatre, psychanalyste il a été professeur de psychothérapie à l'université de Bâle de 1956 à 1985. Fondateur de l'École de psychothérapie psychanalytique des psychoses (Milan), et de l'Association d'études psychanalytiques

C’était un clinicien et un superviseur hors pair. Une grande partie de son œuvre consacrée à la clinique des psychoses a été publiée chez ERES grâce à Patrick FAUGERAS.

Le moi est dissocié et le surmoi est dissocié dans la schizophrénie. Ce Surmoi est il la pluralité des voix ? Elles disent des choses différentes mais vont dans la même direction.

La question du destinataire de ces voix reviendra en fil rouge durant toute l’intervention de Patrick FAUGERAS.

Dans un élan d’inspiration toujours emprunt de poésie Patrick FAUGERAS annonce le titre de son deuxième texte : « Une trace sans plus ».


Il nous raconte l’histoire de Nanetti Oreste Fernando, dit « NOF 4 », patient interné pendant 40 ans dans un pavillon de l’hôpital psychiatrique de Voltera en Italie.

Ce patient a gravé à l’aide de la boucle de son gilet une œuvre monumentale de 100m de long sur 1m de haut sur la façade intérieure de l’asile de Voltera.
 

Une œuvre aux lettres cunéiformes rappelant le graphisme des écritures étrusques propres à cette région de toscane, mais que personne, soignants et patients confondus n’a remarquée, durant les quelques années qu’elle a existé dans « les plis obscurs de l’asile ».

Notre invité essaie de comprendre le sens de la « non existence » de ce message aux yeux du monde, et propose une interprétation de ces « griffures comme une tentative de saisie de la compréhension du monde et de s’approprier le réel. Minéraliser le monde dans la pierre pour éviter qu’il ne lui échappe, pour l’expliquer, pour l’interpréter ».
NOF4, ou le « délinquant nucléaire » comme il se définit souhaite exister malgré tout.

Les spectateurs de la fresque que nous sommes nous rappellent que la destination est première. Cette trace énigmatique est restée invisible parce qu'elle excède le sens.
L'œil qui surveille ne voit pas tout, il n'a pas vu cet événement qui se met au monde.

L'artiste Paul KLEE disait : " l'art ne reproduit pas le visible, il rend visible».
C'est un autre artiste qui a découvert la fresque, bien plus tard, un sculpteur.
Patrick FAUGERAS a terminé la lecture de son texte par cette phrase: « un simple regard peut y voir la trace d'un passant ».

Patrick revient sur le premier thème abordé qui est celui de la destination:
La destination c'est l'interception qui fait qu'il y a message. Il y a un auteur et donc de la signification.


Dans le travail avec les psychotiques, se poser comme destinataire d'un message même si on ne le comprend pas, c'est exister dans le paysage de l'autre.
On est là dans un coin, décentré, et pas dans " l'en face" comme dans la névrose.
On est concerné par ce que le sujet énonce, c'est cette réception qui fait naître l'auteur et la signification. On est disponible à ce qui vient vers nous.

Patrick FAUGERAS s'appuie encore sur les élaborations théoriques de BENEDETTI pour insister sur le fait que la compréhension de l'autre passe par la notion de contre transfert, le transfert du soignant par rapport au patient doit être un outil.

 Il raconte l'histoire d'une thérapeute qui soigne une personne hallucinée, et en l'écoutant, la thérapeute fait un travail d'association et amène à la séance suivante une reproduction d'un tableau de peintre. La patiente passe de l'hallucination au délire, à partir du moment où la thérapeute entre dans son délire qui est clos, c'est une forme de reconnaissance de l'autre, elle entre et reçoit son discours.

Patrick s'indigne ensuite de la politique de soin actuelle. Celle qui tend à voir disparaître le patient en tant que Sujet au "profit" d'une conception réductrice de l'autre... en tant que « diagnostic ». " il est autiste, il a des tocs " etc....

 

La notion de transfert dans les hôpitaux psychiatriques et les institutions médico sociales semble disparaître, alors que la psychanalyse dans l'institution c'était justement la reconnaissance de l'inconscient et du transfert.
Patrick FAUGERAS n'hésite pas à soulever la responsabilité des soignants, qui semblent s’éloigner de la clinique, et laissent le pouvoir à l'administration.

Il insiste également sur le retour catastrophique de la contention, de l’isolement et parfois des blouses blanches dans les services.

L’intervention de Patrick a favorisé un débat avec la salle, riche et intense.

 

L’asile au sens le plus terrible du terme serait-il aux portes de nos institutions ?

Si t’elle était le cas nous savons ce que nous avons à faire. Résister, déconstruire, donner du sens, analyser les dysfonctionnements institutionnels. Pour cela nous avons des appuis solides et des repères : La Psychothérapie Institutionnelle en est un et pas des moindres.

Patrick FAUGERAS nous a aidés à cerner les enjeux de la psychiatrie contemporaine mais surtout à entendre que la clinique n’est pas concevable sans un extrême souci de l’autre

Patrick FAUGERAS se définit comme un passeur…

Passeur dans le métier qu’il exerce, autant que dans le travail de traduction auquel il s’adonne.

Nous avons pensé en entendant ce mot de passeur à Jean OURY qui nous expliquait que pour exercer nos métiers il fallait être tout à la fois balayeur et pontonnier !

Balayeur pour être le moins nocif possible et pratiquer un peu d’asepsie  et pontonnier pour construire des passerelles pour aller de l’un à l’autre.

Merci beaucoup à Patrick FAUGERAS et au 70 participants à ces 22èmes rencontres. Nous avons circulé de l’un à l’Autre

 

Les personnes psychotiques nous invitent à  penser et repenser comment vivre les uns avec et auprès des autres.

 

Continuons ensemble. Penser et repenser... la moindre des choses.

Déjà un préalable.

Pour ne pas que le Sujet disparaisse dans « les plis obscurs de l’asile »...

 

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