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19 èmes Rencontres - Classer et exclure?

Publié le par les psy-causent

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Compte rendu des 19èmes rencontres des Psy-Causent  -  Classer et exclure ? -

 

« LE DSM CONTRIBUE A UN CONTROLE

SANITAIRE DES POPULATIONS »

 

« LE DSM EST UN SYSTEME DE DEFORESTATION CLINIQUE, DEFORESTATION ETHIQUE ET DEFORESTATION PROFESSIONNELLE »

                                                                                                                                                                    Patrick LANDMAN

 

Patrick LANDMAN nous a proposé à l’occasion de ces 19èmes rencontres une intervention claire, accessible, pertinente et surtout passionnante.

Après nous avoir rappelé ce qu’était le DSM5 (Diagnostic and Statistical Manual), qui se veut un manuel de référence qui classifie et catégorise des critères diagnostiques concernant les troubles mentaux pour la recherche, l'épidémiologie et la pratique clinique « Un immense ouvrage de plus de 450 pages qui répertorie en quelque sorte qui a une maladie mentale et qui n’en a pas... », Patrick LANDMAN a par la suite insisté sur le caractère délétère de la classification DSM et sur la nécessité de faire participer à cette réflexion les usagers et leurs associations.

 

Le DSM, un gros scandale !

 

Le DSM repose sur une extrême faiblesse conceptuelle, « C’est le plus gros scandale dans le domaine de la psychiatrie ».Le ton est donné !

 

Pour Patrick LANDMAN un changement de paradigme considérable intervient dans les années 80, les années du triomphe du libéralisme. Jusqu’à sa version 3 le DSM était encore fondé sur la psychopathologie. Un tournant radical s’opère à partir de là.

Il nous a très bien expliqué comment les labos ont mis au point un processus qui sert avant tout des intérêts économiques et financiers en fabricant des nouvelles maladies.

 

Ce passage a permis à notre invité d’aborder la question de la nosographie classique issue d’une longue tradition européenne essentiellement Française et Allemande. Il a évoqué au passage le livre de Henri EY qui a marqué de façon déterminante plusieurs générations de psychiatres.

Ce livre s’appui sur une conception humaniste du sujet souffrant perçu dans sa globalité...

On est a des années lumières du DSM5 !!!

 

Explosion du nombre des maladies !

 

Nous avons écouté attentivement la description détaillée de cette mécanique redoutable : « On a abaissé les normes permettant de déterminer qui rentre dans une maladie mentale, du coup on a multiplié les catégories pathologiques » ou encore  «  le DSM5 répertorie plus de 400 maladies mentales alors que les premiers DSM en comportaient de 60 à 80 ».

 

Patrick LANDMAN  nous a livré une réflexion sur l’explosion du nombre des maladies mentales à partir de deux questions fondamentales :

«  Y a-t-il plus de risque d’être malade aujourd’hui qu’il y a 30 ou 40 ans ? Même si la société actuelle n’est pas rose, je ne le pense pas »

« Alors, est ce qu’il y a eu des progrès scientifiques majeurs qui nous permettent de dépister des maladies qu’on ne pouvait pas dépister précédemment. Pas vraiment ».

Fiasco de la psychiatrie neuro/pseudo scientifique !

 

Pour notre intervenant les choses sont très claires : « La psychiatrie soit disant biologique, génétique, scientifique n’a strictement rien amené dans la pratique psychiatrique depuis 50 ans ».

 

Il a démonté les discours pseudo scientifiques, le scientisme simplificateur des tenants de la psychiatrie « technologiques », de l’imagerie et de la biologie à outrance. « On arrivera jamais à réduire la maladie mentale à une maladie biologique. L’être humain n’est pas que biologique, c’est un être de langage, de relation, un être de culture, fondé avec des traditions...la maladie mentale c’est aussi tout ça, ce n’est pas qu’un problème de cerveau. Faut pas confondre la neurologie et la psychiatrie » Merci M.LANDMAN ça fait du bien !

Il ne reste plus maintenant qu’a diffuser vos propos en boucle dans les lieux de formations des futurs intervenants en psychiatrie ainsi que dans les lieux de soins !!!

 

Malgré des centaines de millions de dollars investis dans la recherche, le "messie" des marqueurs biologiques se fait attendre... La recherche neuroscientifique n’a apporté aucune retombée, du coup il faut inventer des nouvelles maladies... pour que les labos fassent du profit !!!

 

La psychiatrie biologique a totalement échoué dans sa tentative de fonder scientifiquement la psychiatrie.

Pourtant dans le même temps l'industrie pharmaceutique a produit à une vitesse accélérée de nouveaux médicaments psychotropes à l’efficacité souvent plus que limitée...

 

Notre intervenant, non sans humour, nous a expliqué toujours de façon accessible l’explosion des épidémies de ces nouvelles pathologies, celles des troubles bipolaires et des dépressions par exemple. Mais aussi celle des enfants autistes à partir d’une modification des critères de diagnostic. Ou encore celle de l’hyperactivité ou plus exactement du Trouble de l’Attention avec Hyperactivité (TDAH).

« Le marché Américain est saturé. Dans certains états 17% des enfants sont étiquetés hyperactifs et quasi la moitié prennent de la Ritaline ».

A partir de cet exemple, Patrick LANDMAN nous a clairement expliqué  les raisons pour lesquelles  les labos pharmaceutiques se tournaient désormais vers la France, par exemple, en raison de la saturation du marché Américain !!!

 

Pourquoi un tel retard en France dans le diagnostic de TDAH et la prescription de la molécule qui marche avec ?

Voici son explication, tout simplement et heureusement parce que la France « fonctionne encore avec des repères psychopathologiques, des repères psychanalytiques, des repères de la tradition clinique. Mais elle est désormais attaquée par les tenants du TDAH » !!!

 

 

« Pathologisation » et psychiatrisation des émotions !

 

Autre démonstration,  la mécanique qui fait que le DSM5 psychiatrise et médicalise nos émotions. Patrick LANDMAN s’est appuyé sur l’exemple le plus symptomatique : Le deuil.

«  Lorsque vous perdez un être cher, si au bout de seulement 15 jours vous êtes ralenti sur le plan psychomoteur, si vous avez des idées noires, si vous avez des troubles anxieux, des insomnies, si vous êtes triste, pas envie de bosser, on peut vous considérer comme étant dans un état dépressif. On peut donc vous donner des médicaments antidépresseurs ».

 

Au lieu de prendre cette situation de deuil et ses répercussions comme des réactions normales et aider la personne concernée par la parole et l’écoute, on lui prescrit un antidépresseur pendant des mois voire des années.

Un jour ou l’autre un virage maniaque s’opère, les gens sont un peu plus excités. « Hors depuis la version 4 du DSM, il y a une nouvelle pathologie, le trouble bipolaire de type 2 ! C’est-à-dire une personne qui était au préalable déprimée et qui pendant 4 jours seulement va avoir une réaction excitée, être anormalement volubile. Conséquence de cet état : une prescription de thymorégulateurs !! Au bout de 15 ans de ce système complètement fou, dans la vie de cette personne quelque chose va changer à la faveur d’un évènement,  un projet, une rencontre, il va balancer ses médicaments et se rapprocher des mouvements dit des rescapés de la psychiatrie, les survivors ».

C’est un mouvement d’usagers aux USA et en Angleterre très hostiles à cette psychiatrie de prescription systématique.

« C’est une fiction que je vous raconte là, mais qui peut se décliner dans beaucoup de cas pratiques. Voilà le destin que l’on peut prédire à quelqu’un traité par les critères du DSM5 pour une simple réaction dépressive ». Edifiant mais aussi terrifiant !

 

Patrick LANDMAN nous a magnifiquement décrit les enjeux économiques du DSM qui sert des intérêts économiques et financiers. Il induit une médicalisation à outrance de la vie quotidienne, un surdiagnostic accompagné d’une surconsommation de psychotropes.

L’hégémonie du DSM, dominant dans le monde anglo-saxon est insupportable et dangereuse !

 

Critères comportementaux VS clinique de l’écoute de la singularité...

 

Mais le DSM c’est aussi la construction d’une nouvelle langue ce que notre intervenant s’est appliqué à nous expliquer avec toujours autant de clarté.

« Avant on parlait de psychoses, de névroses, de perversions, on cherchait le contexte des gens. Le DSM c’est simplement des critères comportementaux d’inclusion sans s’intéresser au contexte !

On ne fait plus parler les gens, on les observe. Ce qui est observé à l’air d’être scientifique. On a maintenant une clinique de l’observation à la place d’une clinique de l’écoute... »

 

 

Guérison médicale et guérison personnelle et rétablissement 

 

Patrick LANDMAN après avoir dénoncé la notion de normalité qui se dégage du DSM, puis posé la question des constructions sociales qui ont conduit au succès du DSM, nous a proposé une autre piste de réflexion. Il a mis en avant la notion de rétablissement plutôt que la guérison.

«  La guérison médicale c’est la suppression de tous les symptômes. La guérison personnelle s‘est quelqu’un qui garde pourquoi pas des symptômes, qui garde des médicaments, mais qui a tourné la page, il se sent encore  fragile mais il se sent guéri, au sens de guérison personnelle ».

Il garde quelques médicaments par sécurité et même quelques symptômes ! Mais ce n’est pas le plus important.

 

Le plus important pour notre invité, ce qu’on doit obtenir, c’est que quelqu’un se rétablisse. « On ne cherche plus la guérison en psychiatrie, on cherche le rétablissement dans la dignité, le rétablissement dans la citoyenneté, le rétablissement dans le désir et le rétablissement dans leur trajectoire de vie »

 

Le diagnostic en psychiatrie est il utile ?

 

Nous avons pu mesurer tout au long de cette intervention combien certains parlaient de plus en plus la langue du DSM, envahissante et creuse, mais surtout comment, si on y prend pas garde, cette langue risque de devenir une espèce de pensée unique pour diagnostiquer, soigner, voire exclure.

 

M.LANDMAN nous a amené, par le biais du DSM, à réfléchir sur la notion d’utilité du diagnostic en psychiatrie. Sa réponse est claire : « Le diagnostic ne sert pas à grand-chose ».

 

Ce n’est pas inintéressant de savoir si quelqu’un est névrosé ou psychotique, certes, mais Patrick LANDMAN à partir de son expérience personnelle de clinicien en institution, dans des associations ou en cabinet s’est appuyé sur un cas concret, celui d’un diagnostic de psychose qu’il avait envisagé pour un de ses patients.

Il nous expliqua les questionnements que suscita ce diagnostic au point d’en parler à son contrôleur. Ce dernier lui répondit qu’il avait posé un diagnostic de psychose, OK, mais que le diagnostic c’était le discours du maître, un processus de maitrise.

Il rajouta aussitôt : « surtout n’est faites pas un psychotique !!! »

Pour notre intervenant c’est un des enseignements les plus importants qu’il ait reçu !

 

« Le problème du diagnostic c’est que ça devient non seulement une étiquette mais aussi une anthologie. Ca touche l’être des gens, ça les discrimine, ça devient un système d’exclusion ».

D’après lui dans bien des cas les patients deviennent leur propre diagnostic !!!

 

Il nous a ensuite interpellé sur l’intérêt de dire à quelqu’un qu’il est schizophrène, pas énorme d’après notre invité. La prescription de psychotropes interviendra de toute façon au regard du tableau clinique si la personne est éventuellement agitée ou dissociée. La famille peut aussi se retrouver en difficulté face à cette annonce et enfin pour les soignants cela va fonctionner comme une mise à distance, une mise à l’écart.

« Pour moi ma conception de la psychiatrie c’est aller au devant du transfert, aller à l’écoute des gens, aller au devant de l’humanité, au devant du Sujet et de ça singularité ».

Ecouter les gens, élaborer ce qu’ils disent, voir comment on peut les aider, ce n’est pas du diagnostic, c’est de la réflexion, de l’élaboration !

« Mais les gens réclament un diagnostic, ils ont un modèle médical en tête. Si on a un diagnostic, on a un traitement » ! Nommer les choses peut avoir un impact positif sur les personnes, mais pas forcément les nommer à partir d’un diagnostic.

« En médecine un diagnostic cela engage un pronostic, hors en psychiatrie le pronostic est absolument indécidable. Au regard de ma pratique je suis incapable de dire à quelqu’un étiqueté schizophrène ou bi polaire s’il va guérir ou quand est ce qu’il va guérir ».

 

L’évolution des diagnostics en psychiatrie est également déroutante. Certaines personnes ont été parfois diagnostiquées névrose obsessionnelle, puis troubles bi polaires, finalement schizophrène : « En médecine c’est rare ! Quand quelqu’un a par exemple une maladie de Parkinson, on lui dit rarement on s’est trompé vous avez une sclérose en plaque... » .

Tout cela prouve que le diagnostic en psychiatrie est non fiable. Le diagnostic en psychiatrie c’est la base des classifications, le DSM repose la dessus.

Il échappe désormais au clinicien, c’est le DSM qui permet de diagnostiquer !

 

Le DSM a une aura scientifique auprès de quelques psychiatres probablement en manque de reconnaissance médicale. Il repose sur des études randomisées aux critères d’inclusion extrêmement stricts : « 80 % des patients de la pratique courante ne peuvent pas être inclus dans ces essais cliniques. C’est artificiel ! » On formate à l’avance l’étude en triant les patients.

On formate ou on bidonne ?

On a à faire de la part des labos à une tricherie méthodologique doublée d’une tricherie commerciale. Les labos pharmaceutiques Américains sont malheureusement dotés d’une puissance considérable...

 

« En réduisant la psychiatrie à des phénomènes comportementaux on a donné la possibilité à l’administration de beaucoup mieux intégrer cette psychiatrie comportementale. La politique de l’évaluation est beaucoup plus commode avec cette approche ». Les comportements sont évaluables !

Le DSM de ce point de vue là est une aubaine. Tout est mis en coupe réglée comportementale, ce qui permet de mesurer l’efficacité des médicaments ou autres...

 

La neuromania !

 

 Il s’agit de la croyance que l’étude du fonctionnement cérébral, les sciences cognitives, leurs applications techniques en particulier l’imagerie cérébrale vont révéler tous les aspects de la condition humaine. C’est une idéologie de la naturalisation qui peut avoir des conséquences politiques importantes : « Quand on est à ce niveau en général la discrimination et le racisme ne sont pas loin » Pour Patrick LANDMAN à partir du moment ou « les inégalités sociales, celles de l’injustice sociales, sont réduites à des inégalités cérébrales ou va-t-on » !!!

 

Aux USA ou ailleurs, la psychiatrisation à outrance, la multiplication des diagnostics chez les enfants ou les adultes, consiste à jeter un voile pudique sur les problèmes sociaux, de discrimination sociale.

« La Ritaline va devenir l’opium du peuple, opium du peuple parental, éducatif et pédagogique ».

Notre invité bien sûr n’est pas contre les médicaments de façon dogmatique, nécessaires dans bien des cas, mais jamais seuls. « Il faut toujours accompagner la famille, l’adulte ou l’enfant, s’en occuper ».

La revanche des psychiatres complexés !

 

Toujours avec humour Patrick LANDMAN nous a fait part, selon lui, des deux complexes dont soufrent les psychiatres :

  • Le premier étant que la psychiatrie n’est pas scientifique !

Du coup avec le DSM et les théories pseudo scientifiques ils tiennent une revanche ! Evidemment ceux qui sont psychanalystes ou sensible à l’approche analytique sont peu sensibles à ce complexe...

  • Le deuxième complexe tient à la pharmacopée, limitée en psychiatrie en comparaison avec celle à disposition d’un cardiologue par exemple. Les psychiatres sont donc non seulement « éblouis » par le DSM mais aussi par les médicaments qui marchent avec !!!

 

En évoquant St Alban et la Psychothérapie Institutionnelle, son approche humaniste et ses effets positifs sur les patients, notre invité nous a déclaré : « Quand on introduit de l’humanité là ou il n’y en a plus, quand on introduit une façon différente de s’occuper des gens, ça a un impact positif »

« Il faut faire confiance aux patients, il faut faire confiance à l’inconscient, il va encore jouer des tours à bien des gens. C’est une réalité ! ».

 

En conclusion Patrick LANDMAN nous a rappelé que la vérité sur la souffrance d’un individu n’émergera jamais avec un diagnostic, « elle émergera autrement, en parlant, avec ses propres mots, à l’intérieur d’un dispositif de soins, collectif ou individuel. On est là pour écouter le sujet ».

 

Nous remercions chaleureusement M.LANDMAN pour cette intervention détaillée, limpide et captivante. Merci également aux nombreuses personnes présentes à la mairie de Magrin.

 

Actualités :

Nous vous donnons RDV le jeudi 12 mars 2015 pour une soirée co organisée avec l’UNAFAM 81 à l’occasion de la Semaine d’Information sur la Santé Mentale.

Projection débat du film « A ciel ouvert » suivi d’un débat animé par Louis RUIZ, docteur en psychologie et normalement Mireille BATTUT, présidente de l’association « la main à l’oreille ».

 

Prochaines rencontres des Psy Causent :

  • Le vendredi 26 juin 2015 avec Mathieu BELLAHSEN et d’autres invités pour les 20èmes !
  • Le vendredi 18 septembre 2015 avec Patrick COUPECHOUX

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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